Dix ans après lélection de Jacques Chirac, la fracture sociale est devenue abyssale. La coupure entre le peuple et les élites de toute nature sest transformée un précipice. Le « non » du 29 mai est un cri du peuple, le cri dun peuple abandonné, délaissé, sacrifié. Ce « non » est dabord un « non » républicain et un « non » de gauche. Cest un « non » pour lemploi, la justice sociale et la souveraineté populaire. Les Français ont rejeté un texte qui avait pour prétention de les enfermer dans les chaînes dun marché sans limite et dans un foisonnement de procédures contentieuses, tout en mettant le pays à la remorque de latlantisme.
Ce « non » populaire exprime une attente. Le peuple de France tient au modèle républicain et à sa dimension sociale. Dans la tourmente de la mondialisation, les Français demandent à lÉtat de les aider et de les soutenir, et non de se dépouiller au nom du dogme néolibéral et de la « ringardisation » de la souveraineté populaire.
Que le mandat ainsi reçu par les gouvernants français ne soit pas simple à mettre en oeuvre aujourdhui dans les négociations internationales, chacun en conviendra. Que la droite libérale soit incapable de respecter ce mandat, chacun le comprendra. À la gauche de proposer un projet conforme aux aspirations populaires, et de se donner les moyens de ne pas les trahir à la première difficulté venue.
Relance de la croissance économique, protection des emplois et savoir-faire européens, politique industrielle, défense et extension des services publics, redressement de lécole républicaine et de lascenseur social, rénovation de la démocratie... Tels sont les principaux chantiers de lalternative que la gauche doit construire et mettre en oeuvre en 2007.
Le séisme du 29 mai impose de lourds devoirs à la gauche. Il ne sagit pas damender la vulgate social-libérale, qui a depuis trop longtemps contaminé une trop grande partie de la gauche. Il faut à la gauche un véritable projet de société, relayé par une structure politique nouvelle, dirigée par des leaders légitimes.
Cette refondation profonde de la gauche nest pas une tâche aisée. Dautant que le temps presse : nous avons deux ans. Cest pourquoi le MRC appelle dores et déjà à des états généraux de toute la gauche, pour élaborer le projet et la stratégie qui permettront la victoire en 2007, et, au-delà, une véritable alternative politique en acte. Ces états généraux doivent rassembler, sans tabou ni exclusive, lensemble des partis et courants de gauche, et associer les syndicats et les mouvements déducation populaire...
Dès la fin de lété, des rencontres de toute la gauche doivent permettre de définir les termes du débat pour éviter tout marché de dupes. Il faut par avance éviter les déclarations ambiguës, germes de tous les reniements, et préciser le sens que chacun accorde aux grands concepts communs au patrimoine de toute la gauche : « services publics », « laïcité », « souveraineté populaire », « sauvegarde et développement de lemploi », « développement durable »...
Sur ces bases conceptuelles précisées, il importera ensuite de lister tous les points daccord et tous les points de désaccord, sans faux-semblants. Ce diagnostic clair doit être le point de départ dune véritable maïeutique de lalternative, dont chaque étape doit être faite de dialogues argumentés, précis, thème par thème.
Alors, viendra le temps de dessiner un projet de société et un programme de gouvernement.
Et cest en dernier ressort que se posera la question des structures et des hommes les plus adaptés pour porter ce projet.
Il est clair que, sans ce travail daccouchement itératif honnête et sans complaisance, il ny aura en guise de refondation de la gauche quun énième rafistolage. Ce ne serait ni à la hauteur de lhistoire de nos idées ni à la hauteur de lattente de nos compatriotes. Et nous risquerions fort de provoquer une violente déception, proportionnelle à lespoir suscité par la victoire du 29 mai. Le MRC ne se prêterait pas à cette mascarade et préférerait, dans une telle hypothèse, défendre sous ses couleurs la cohérence de son projet. Mais, a contrario, nous ferons tout pour favoriser une refondation profonde. Le vote du 29 mai ouvre les portes de lavenir... Il est grand temps.